Premières images de l'Atelier CinéAbeille à La Ciotat. Film flamme prend ses quartiers d'Lumière.
Vendredi 25 mai à 17h30 : Lancement du quartier créatif de l'Abeille
2 ans de résidence pour le collectif Film flamme
et les cinéastes amis pour revisiter l'histoire du cinéma et inventer son présent avec les
habitants de la cité historique de l'Abeille (ancienne cité ouvrière du chantier
naval).
Entre cinéastes de passage
et habitants de la cité, entre les narrateurs voyageurs et ceux qui
l'ont été avant de se sédentariser, deux ans d'invention d'une oeuvre
commune et fractale, faite d'improvisations et de fulgurances, de chaos
rocailleux et de floraisons.
Comme à l'habitude des ateliers film flamme,
rien ne sera volé aux habitants-auteurs de leur création, et la
diffusion publique sera la seule légitimation de leur geste gratuit.
Cinéastes et habitants partageront pendant ces deux années leurs expériences sur des chemins de rencontre.
*Tournage de CinéNord (Avril 2011)
Atelier Cinématographique
Film flamme à Bruay La Buissière (Nord-Pas de Calais)
Mine de rien (comme on dit dans les corons)
le cinéma léger ne l’est pas sur la balance
d’ailleurs, l’Atlas est restée là-haut (je parle de la table de montage)
ce qui n’est qu’un symptôme de tout ce qu’on y a laissé d’attachement et de désirs
le retour, de fait, est déjà prévu, au moins pour rapatrier notre tank
sinon, pour continuer l’aventure avec nos amis Indiens (je vous les présente plus loin),
avec ceux de Cinéligue, de La Suite dans les images, du cinéma les Etoiles de Bruay, JPK en tête
je me permets un petit détour : prenez les caravanes…
les maisons à roulettes ne relèvent ni de l’immobilier ni du mobile de Calder
elles sont tantôt désespérantes de lourdeur, tantôt hallucinantes de légèreté
cela vient de ce qu’elles transportent un mariage contre-nature entre la maison et le voyage…
voyager
avec son linge à repasser et son courrier à trier, cela aurait inspiré
à Homère un feuilleton pour Ithaque Thélé… peut-être ?
il y a quand même du romanesque et de la beauté dans une caravane abandonnée au fond d’un terrain vague
et
beaucoup de sublime dans une Caravelair flambant neuve qu’un Mistral
disloque d’une seule gifle, dispersant sur le bitume livres, vaisselle,
chaises pliantes, papier hygiénique, pain de mie et couverts en
plastique…
la
légèreté des caravanes, qui s’avère être leur modernité, a beaucoup à
voir avec l’idée que toute existence humaine s’accommode de n’importe
quel paysage et de n’importe quel itinéraire
leur
lourdeur, en revanche, qu’on peut qualifier de tragique, vient de ce
qu’à voyager avec sa maison, on tue l’idée de voyage en même temps que
l’idée de maison.
Fin de l'aparté
sans
traîner derrière nous d’autre maison que la bannière Film flamme, nous
voilà rendus en Septentrion avec notre fatras de caméras à ressort, de
magnétophones à bandes, d’ordinateur à manivelle… les ateliers
pouvaient commencer
avec
les stagiaires, les préliminaires sont du genre western spaghetti : on
choisit une stagiaire de frêle constitution à qui on met entre les
mains une Bell and Howell dégrippée… l’effet est garanti, elle vacille,
réprime un fou rire, écarquille les yeux et dit « Ouah, c’est vachement
lourd ! »
on obtient à peu près le même effet avec un Nagra…
mais ces préliminaires de foire aux outils durent le temps d’un grattage de tacotac
ensuite, il reste à trouver l’île au trésor et là, on entre dans le vrai territoire du cinéma et des Indiens
drôles d’Indiens que ces stagiaires…
pas causants au début, pas impressionnés pour autant
ils sont là, tranquilles
attendant de voir
c’est le moment délicat du stage : les Indiens vont passer à l’action mais c’est encore à nous de parler
alors, Aaron sort sa blague préférée, que je l’avais déjà vu faire à un autre atelier :
« Hug, vous voyez cette vis ? (celle qui sert à tenir en place la bande magnétique du Nagra)
elle coûte 50 euros… »
c’est
aussi le moment que je choisis pour adopter l’attitude qui sera la
mienne durant tout le séjour : les mains dans les poches !
tout cela est comédie bien rôdée
et rodéo codé
même si, sur scène, on n’est sûrs ni des effets dans l’instant, ni des conséquences à long terme
(dans ces moments, éviter les gros yeux de P’tite Céline)
car, dans le fond, il s’agit de faire comprendre à nos jeunes ouailles
1) qu’on leur met entre les mains des objets de grande valeur
2) que la valeur marchande des outils ne suffit pas pour faire du cinéma
3) a contrario du point n°2, que c’est essentiel d’avoir les meilleurs outils
4) qu’ils n’ont qu’à se laisser guider par leur élan créateur, en espérant que cet élan ne fasse pas trop de dégâts sur le matos
ainsi fut fait, et tout se déroula comme espéré
et même au-delà de nos espoirs
en
effet, réjouissante fut la facilité avec laquelle nos Indiens se
dépatouillèrent avec les caméras, cellules, magnétos, micros,
suspensions, câbles, casques, etc.
à croire qu’ils ont inventé le western avant que le cinéma ne les ait inventés
je souligne pour rentabiliser un peu ma métaphore :
les cinéastes en herbe préexistent à toute forme d’ateliers de cinéma
Gravité
Une
loi de la physique universelle veut qu’au-delà d’une certaine
dimension, un objet ne peut plus avoir une forme quelconque mais
devient sphérique… et se met à tourner sur lui-même et autour d’une
sphère plus grande…
regardé
séparément, chacun des cinq films indiens gardera sa singularité très
affirmée ; mais réunis dans la même bobine pour une projection unique
et en public,
ces objets étranges ne formeront plus qu’un seul
des forces agissantes pour former notre gravité, la plus puissante émane du film Flacky et camarades ; le
fait que l’on ait rencontré les stagiaires juste avant la projection du
film – première projection publique du film en copie 35 mm devant une
salle comble et comblée – ce fait-là a frappé les esprits jusqu’à en
laisser des traces dans la forme des films et dans les sujets choisis…
il est vrai que le début de Flacky... est le meilleur lancement possible pour des ateliers :
noir
on
entend la voix de Pierre parlant aux habitants des corons des enjeux de
ce qu’ils sont en train de faire tous ensemble, à savoir une tentative
de confrontation du travail du cinéma et de la photographie avec le
travail de la mine et sa réalité humaine… sans préjuger de ce qui peut
naître d’une telle expérience
aussi,
reprendre des caméras 16 et des magnétos Nagra à la suite de Pierre
avait un sens très fort qu’il ne nous a pas été nécessaire d’expliquer
nous nous sommes contentés de corriger les stagiaires qui utilisaient le mot vidéo en lieu et place du mot cinéma
et cela-même n’importait guère dès lors qu’ils avaient le lexique du cinéma dans les mains et dans leur imagination
alors, que décrire et que raconter des journées que nous avons vécues là-haut ?
d’abord, qu’elles étaient comme des journées de tournage
impression
renforcée pour moi par la présence de mes deux
« opérateurs » des tournages du filmIci
finit l’exil
avec
dans le ventre ce mélange d’appétit et d’inquiétude qui étire les
pensées, aiguise les sensations, renforce les liens, et donne soif
au-delà du raisonnable,
tout
cela à l’intérieur d’une temporalité faite de désoeuvrement quand les
Indiens étaient partis en chasse, et d’effervescence quand ils en
revenaient
et
s’ils bloquaient, ou si nous-mêmes bloquions sur une idée, un geste,
c’était encore l’occasion de grands débats à couteaux tirés ou fleurets
mouchetés… selon les cas
mon
travail habituel de comique de bas étage n’a eu pour effets que de
rendre Aaron extrêmement attentif dans son travail d’instructeur en
balistique
et
Céline extrêmement complice avec les ch'tis et ch'tiotes, surjouant
avec beaucoup de sincérité la grande sœur qui protège des mauvaises
influences…
c’est comme ça d’ailleurs qu’elle a fini avec l’envie de les adopter tous,
ce qui n’est pas très professionnel, mais peut se défendre !
comment
les aurions nous descendus jusqu’à Marseille avec ma petite Super 5 ?
voilà une question que je laisse avec son conditionnel
nos
jeunes, en tout cas, ont joué le jeu en y mettant un sérieux que nous
n’aurions sans doute pas obtenu d’eux si nous le leur avions réclamé
au-delà des grâces involontaires et des défauts de baptêmes de l’art,
leurs films étonnent par leur tenue d’ensemble et par leurs audaces
reflets
d’une grande précision dans leurs intentions narratives, et d’une
capacité à se jouer de la complexité des gestes à maîtriser
autant
dire que si on s’était donné pour objectif de les emmener là, le trac
nous aurait tellement paralysés qu’on se serait arrêtés au premier
paragraphe de la leçon 1, à savoir, heu… c’est quoi déjà ? ah,
oui : Un film est composé d’une série d’images généralement
projetées à la cadence de 24 images par seconde.
Continuer le voyage
à défaut d’adopter toute la marmaille, on imagine déjà comment les retrouver
et
le programme établi prévoit un joli rendez-vous en septembre pour la
projection publique des films (il reste un bon bout de montage mixage à
faire pour avoir une copie correcte)
comme il se doit, tous les stagiaires nous ont demandé s’ils auraient un dvd de leur film
et
quand ils posent la question, ils parlent du film qu’ils ont fait,
peut-être des cinq films réunis dans un même dvd mais pas du montage
des cinq films pour n’en former qu’un seul…
un jour, ils auront leur dvd, c’est dans l’ordre des choses, même si nous restons vagues sur la date de livraison
en
attendant, ils auront pu assister le dernier jour à une projection avec
le son lancé à la volée, Aaron au projecteur, Céline à l’ordinateur,
l’un surveillant la marque gravée dans la pelloche, l’autre aux aguets
pour attraper le bip… « Attention, prêt ? vas-y ! »
et ça ne loupait pas, il y avait plusieurs secondes de désynchro !
sûr que nos apprentis cinéastes n’avaient jamais vu en vrai des pionniers de l’aviation à bord de leur coucou !
c’était joyeux à souhait, comme le fut le pique-nique pour se dire au revoir
si suite il devait y avoir, cela donnerait un tour inédit à nos ateliers
plus que la mise en œuvre d’un nouveau projet, c’est cet inédit-là qui mobilise notre réflexion ;
notre
désir d’en découdre de nouveau allant de pair avec le souci de laisser
grandir chez les Indiens l’envie de scalper les deux cowboys et la
prisonnière du désert
Nous accompagnons des stagiaires dans la réalisation de films tournés en 16 mm.
Cette action complète et prolonge la restauration/réalisation réalisée
par Aaron Sievers du film "Flacky et camarades, ou le cheval de fer" (Prix du patrimoine immatériel au festival Jean Rouch 2010) et sa présentation en avant-première à Bruay au cinéma "Les étoiles". (le film sortira en salle cet hiver).
L'oeuvre est issue de documents filmés par des stagiaires de
l'éducation populaire à la fin des années 70-début 80 lors de la
fermeture des mines.
Il s'agit de faire entendre et de répéter le geste de se saisir des
outils du cinéma, d'affirmer la conscience d'être un créateur de
langage et pas seulement un auditeur "expert" du langage des autres.
Il s'agit de la simplicité désignée de continuer le monde...
Sur les Ateliers Cinéma
Dans la collection cinéma hors capital(e), le livre consacré au film Flacky et camarades
évoque l'histoire des Ateliers Cinéma grand public et la transmission
du cinéma dans le cadre de l'éducation populaire (L'Atelier des corons,
initié par Pierre Gurgand).
Un ouvrage publié grâce à un partenariat avec les éditions Commune.
Au mois de juillet 2011 nous accompagnerons des "films d'atelier" Film flamme en 16mm aux côtés de jeunes travailleurs du foyer de l'Escale St Charles en partenariat avec la Ligue de l'Enseignement.
Les films seront diffusés au Polygone étoilé
à l'occasion des journées du patrimoine qui auront lieu les 16 et 17
septembre dans les 2 et 3ème arrondissement. Informations
complémentaires à venir sur le programme des diffusions.
Avant programme du 17 septembre :
Au Polygone étoilé de 14 à 18H00. "Chemins et découvertes dans le 2/3"
* Diffusion des films d'atelier CinéJoliette (dont ceux tournés par les Jeunes travailleurs du foyer de l'Escale St Charles)
* Présentation du travail en cours de Jf Neplaz "Rue de Lyon ou les prophéties".
* Diffusion sonore en partenariat avec Radio Grenouille
... A suivre
Journées du Patrimoine 2011 Les Ateliers Cinématographiques Film flamme dans le débat à Marseille